Pourquoi écrire une saga de fantasy ?
- Paul Green
- 26 déc. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 28 déc. 2025
Beaucoup de jeunes désormais se tournent vers ce genre de littérature, et ce phénomène s'étend également à ce que l'on nomme hâtivement les "young adult”, mais ce serait limiter ce phénomème littéraire actuel à un lectorat trop réduit, comme l’affirme Anne Besson : “une grande vogue éditoriale accompagne aujourd’hui le succès public de la fantasy, dans ses expressions littéraires et cinématographiques (…) Sans doute est-il temps, non plus de décrire, mais bien d’interroger ce genre qui constitue un phénomène de société” (in Anne Besson, La Fantasy, Paris, Klincksieck, 2007). La fantasy est désormais un genre littéraire enseigné à l’université (voir les travaux universitaires de Anne Besson et la direction d’ouvrages collectifs, notamment Autres mondes, Cahiers Robinso,, n.17, mai 2005 ; Fantasy et histoire(s), actes du colloque des Imaginales, 2018).
A quoi pourrait renvoyer ainsi cet attrait pour un genre longtemps considéré en France cantonné à une “littérature jeunesse” ? Désir de fuir notre réalité si assombrie de crises et de tragédies à répétition ? Société désormais du malaise, du “dégagisme”, Volonté de conserver en soi une part d'enfance oxygénante ? Influence des séries, des jeux vidéos, de la bande dessinée, de l’adoption au cinéma de livres de fantasy cultes et indépassables ? Il ne s'agit pas ici de répondre, mais plutôt de constater et reconnaître que cette relation au langage et à l'imaginaire interpelle, séduit, interroge différentes classes d'âge, en particulier une jeunesse qu'on juge trop souvent comme devenue étrangère, voire indifférente, aux pouvoirs de la lecture et du monde des livres. Et si justement, le genre de la fantasy était pour eux, désormais, la porte d'entrée de la Littérature, le point de départ du lien aux livres, que leur vie future ne fera qu'approfondir en s'élargissant à d'autres genres littéraires ? C'est le pari, et même l'espérance, qui motive la saga des Enfants de l’Entre-Terre.
Alors sur quoi portera-t-elle ? Une simple projection dans un monde secondaire, complètement étranger à notre réalité du XXIe siècle ? Ce n’est pas l’enjeu de cette saga. Bien sûr, on retrouvera les charmes attractifs de ce genre. Les Enfants de l'Entre-Terre vont reprendre les topoï propres à la fantasy, en tentant de les renouveler, et d'éviter le simple copier-coller. La littérature renouvelle les genre dans lesquels elle s'inscrit tout en s'inscrivant dans une tradition. On retrouve ainsi dans le tome 1 (publié en mai 2024 chez Jenninks Editions), des personnages-types (style "magicien" appelé ici les Aiguilleurs), des créatures (les Bêtes des Tréfonds, les Renifleurs, les Influenceurs, les Auxiliaires, les Gardiens), le surnaturel magique, les objets et phénomènes étranges (Les Pierres d'Éclats, la Morte-Peur, les statuettes de Malikof), des lieux chargés de pouvoir, de mystères (Les Pierres Dressées, les Arbres-Piliers). Un index des notions liées au tome 1 sont détaillés sur le site consacré à la saga.
Cependant au travers de ces supports imaginaires, cette saga s'attache par implicite à mettre en vue, parfois à nue, les enjeux existentiels liés à notre propre monde : la question environnementale (le lien Nature-Culture), l'éternelle du question du Mal qui nous hante ou domine, l'interrogation philosophique sur le devenir humain au travers de l'Histoire (Est-elle une marche au progrès ? Est-elle l'Éternel Retour des mêmes tragédies humaines ?), la construction de soi face à un monde boulversé que l’on soit adolescent ou adulte. Ces quatre axes principaux nourrissent les multiples arcs narratifs qui nourrissent cette saga et que développe déjà le tome 1 au travers de ces nombreux personnages.
Loin de vouloir se réduire à une littérature de divertissement et d'évasion, Les Enfants de l’Entre-Terre se propose donc d'exploiter les ressources séduisantes de la fantasy et sa très large liberté narrative pour amener les lecteurs à se nourrir de ce qui fonde toute l'espérance de la littérature, quelque soit son genre et sa tradition littéraire : nous faire progresser en nous-mêmes pour enrichir le lien qui nous associe aux autres et nous intègre à un monde dont nous faisons partie et nous responsabilise par rapport à son devenir.
Paul GREEN
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