La magie dans l'Entre-Terre
- Paul Green
- 28 déc. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 janv.
Élément indissociable de tous romans de fantasy, la magie est le moteur narratif qui va permettre de développer le lien au surnaturel, au merveilleux, à l'étrange, et va pouvoir plonger les lecteurs dans les dimensions d'un autre monde où notre part de rêverie et la présence de croyances anciennes, primitives gardent un pouvoir de séduction. Aucun roman de fantasy ne peut se priver de la magie, de son aspect irrationnel, et de la psychologie peut-être enfantine qu'elle implique.
Ce topos fonde une des marques essentielles du genre, comme l'affirme avec beaucoup de justesse Anne Besson : "le lien à l'enfance de la fameuse "pensée magique caractérisant les âges prérationnels fait l'objet d'une identification et d'une exploitation récurrente" de la fantasy (in La fantasy, Klincksieck, 2007, p.170).
Le monde de l'Entre-Terre est donc un univers où elle sera présente. Mais la question est comment ? Quelle sera sa place ? Ses pouvoirs ? Qui l'exercera ? Comment s'intégrera-t-elle au monde des hommes ? Les questions que pose le rôle narratif de la magie sont en fait délicates, du fait qu'elle est un topos hyper-exploité, il est nécessaire de chercher des voies nouvelles, plus originales, et surtout d'éviter certains abus, excès, et clichés liés à son emploi.
Prenons par exemple le cas si répondu d'une "magie blanche" s'opposant à une "magie noire" et à la lutte manichéenne du Bien contre le Mal qu’elle va, ou risque, d’impliquer.
La saga des Enfants de l'Entre-Terre s'inscrit apparemment dans cette tradition. Le tome 1 annonce en effet le retour de l'Ombre que l'on place sans difficulté du côté du Mal. Cette question du Mal sera en effet un des arcs narratifs de la saga, mais il s'agira surtout d'en sonder l'origine et les diverses manifestations et développement en chacun des personnages. Le Mal ne révèle pas d'un camp défini, d'une frontière ou d'une psychologie précise. Et ce sera de même du côté du Bien, et de ceux qui s'en réclament. Certains éléments le suggèrent déjà dans le tome 1 (et que les tomes suivants vont approfondir, complexifier, rendre plus opaque).
Qu'est-ce que le Mal par exemple ? D'où sort-il ? Qui l'incarne ? Le tome 1 propose pour son retour cette première description qui est résolument du côté de l’indéfinissable :
" Décrire cette forme en mouvement avec précision tiendrait ici du miracle ! En effet, aucun mot ne parvenait réellement à circonscrire ses contours de manière définitive. Car plus elle avançait vers le globe, plus sa forme se modifiait ! D’abord s’imposant sur les rebords de l'autel comme une flaque sombre et gluante, sorte de nappe de mazout bouillonnant, elle se rapprochait plus d'une matière résiduelle et noire, crachée de terre, sortant dont on ne sait de quel trou obscur.Une fois sur le rebord, elle commença alors à s'étirer, s'allongeant vers le globe comme une matière élastique ou caoutchouteuse. Elle devint ainsi rapidement une pâte liquide et épaisse dans laquelle se cherchaient des sortes de formes de vie embryonnaires ! Quelque chose à l'intérieur cherchait à se consolider, à naître à un début de corps rudimentaire ! Quelque chose de visqueux, de fin et tortueux, proche d'une sorte de vers de terre, ou d'un truc du genre aux couleurs de cambouis, finit ainsi par s'imposer au contact du globe et s'engouffra en lui pour complètement disparaître, tout en laissant derrière lui des traces de suie noire !" (Tome 1, p.246).De même, certains personnages qu'on pourrait facilement placer sous la bannière du Bien dès le tome 1, par exemple certains Aiguilleurs, gardent en eux une ambiguïté secrète (le passé d'Algildur, l'attitude cynique de Barnim, la haine du Mal chez Lucas). De même, la plupart des personnages dans la saga, qu'ils soient enfants, adultes, importants ou secondaires, ont des failles en eux (que souligne déjà le tome 1), et qui annoncent qu'ils se placeront dans les tomes à venir sans doute au-delà du Bien et du Mal, passant de l'un à l'autre par toutes les faiblesses qui nous caractérisent. Mais en dire plus nuirait à l'évolution des nombreux arcs narratifs qui nourrissent cette saga...
Tout ce qu'on peut dire pour conclure sur ce sujet complexe de la magie et du monde de l'Entre-Terre, c'est qu'il ne s'agira pas ici de les inscrire et de les développer en un schématisme binaire.
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